Jusqu'à 30% de besoins en refroidissement en moins grâce à la toiture blanche
Pas de différence substantielle au niveau de la maniabilité
Le mois de juillet 2019 a été marqué par une chaleur exceptionnelle, avec un impact important sur le nombre de décès. Pourtant, selon une étude scientifique publiée en janvier dernier, davantage de verdure en ville et l’installation de toitures réfléchissantes ('cool roofs') auraient permis d’éviter près d’un quart des décès liés à la chaleur à Bruxelles. Un constat qui mérite réflexion à l’heure où les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes sous l’effet du changement climatique. Dans ces conditions, le rafraîchissement urbain devient littéralement une question de vie ou de mort. Les toitures blanches peuvent y contribuer de manière particulièrement efficace sur le plan énergétique. Une opportunité d’autant plus intéressante que leur mise en œuvre ne nécessite pas de changement fondamental dans les techniques d’installation.
Les toits blancs comme solution à la chaleur urbaine
L’effet d’îlot de chaleur urbain n’est plus une notion abstraite, mais un véritable défi pour les villes belges. La combinaison de matériaux sombres — comme l’asphalte et les toitures traditionnelles —, du manque de végétation et d’une faible évaporation entraîne des températures durablement plus élevées en milieu urbain que dans les zones environnantes. Dans des villes comme Bruxelles, Anvers ou Gand, l’écart peut atteindre 3 à 7 °C lors des périodes de forte chaleur. Cette situation a des conséquences importantes, tant sur le confort intérieur que sur la consommation d’énergie. Parmi les solutions envisagées pour limiter ce phénomène, les toitures blanches apparaissent rapidement comme une option particulièrement pertinente.
Triple effet
Les toitures réfléchissantes, ou cool roofs, renvoient le rayonnement solaire au lieu de l’absorber et de le stocker. La capacité d’une surface à réfléchir la lumière du soleil est exprimée par son indice de réflectivité, également appelé albédo. Celui-ci représente le rapport entre le rayonnement solaire réfléchi et le rayonnement reçu, sur une échelle allant de 0 à 1, où 0 signifie qu’aucune lumière n’est réfléchie et 1 correspond à une réflexion totale du rayonnement solaire.
Le noir et le blanc représentent naturellement les deux extrêmes. La réflectivité des toitures blanches est donc nettement supérieure à celle des toitures traditionnelles. L’effet des cool roofs repose principalement sur cette forte capacité de réflexion, mais pas uniquement. Ces toitures absorbent également beaucoup moins de chaleur et la restituent plus efficacement, une propriété connue sous le nom d’émissivité. Autrement dit, trois phénomènes interviennent simultanément. L’indice de réflectance solaire (SRI), calculé selon la norme ASTM E 1980-0, prend en compte deux de ces paramètres: la réflexion et l’émission thermique. Une valeur SRI supérieure à 100 correspond à un matériau particulièrement performant en matière de refroidissement. Les membranes plastiques blanches atteignent de telles performances, alors que les toitures foncées traditionnelles dépassent rarement une valeur de 20.
Toitures vertes
Les toits verts, ou toitures végétalisées, ont certes le même objectif de réduction du réchauffement, mais ils y parviennent d'une manière totalement différente. Alors que les toits blancs s'appuient sur la réflexion, les toits verts fonctionnent par évaporation et tamponnement: les plantes et le substrat absorbent l'eau et la restituent par évapotranspiration. Ce processus extrait la chaleur de l'environnement et la rafraîchit. Les toits verts offrent donc des fonctions supplémentaires que les toits blancs n'ont pas:
- tamponner l'eau en cas de pluie;
- l'augmentation de la biodiversité et
- réduction du bruit.
Ces avantages sont contrebalancés par un prix plus élevé et des exigences structurelles plus importantes. Par exemple, la structure du toit doit pouvoir supporter un poids plus élevé. L'installation est également plus complexe. Dans certains projets, les deux systèmes peuvent être utilisés de manière complémentaire.
Avantages
Les chiffres sont clairs. Les toits blancs réfléchissent généralement 70 à 85% de la lumière du soleil, contre seulement 5 à 20% pour les toits sombres traditionnels. Cela se traduit par une baisse significative de la température de surface, qui peut atteindre 30 à 40 degrés lors des journées chaudes, et par un effet notable sur le bâtiment lui-même. En fonction de l'isolation et de la configuration, la température intérieure peut baisser de plusieurs degrés.
Par exemple, les bâtiments dont la surface de toit est importante par rapport à leur volume, comme les halls industriels bas, réagissent plus fortement au rayonnement solaire à travers le toit. Dans ce cas, un toit blanc aura un effet nettement plus important sur la température intérieure et la demande de refroidissement. En amont de cette demande de refroidissement, les économies de climatisation pour l'utilisateur final fluctuent souvent entre 20 et 30%. Pour les bâtiments commerciaux et industriels en particulier, la mise en œuvre d'une toiture froide aura un impact direct sur les coûts énergétiques, d'autant plus que diverses autres installations techniques nécessitent également moins d'énergie pour être refroidies. Cela permettra en outre de prolonger leur durée de vie.
Points d'attention
Les toits blancs offrent des avantages évidents, mais il y a bien sûr aussi des points d'attention. La pollution joue un rôle important. La poussière, la mousse et la pollution atmosphérique peuvent assombrir la surface et réduire sa réflectivité. C'est pourquoi il convient d'utiliser autant que possible des membranes de haute qualité à réflectance permanente. En outre, un entretien régulier est essentiel pour maintenir les performances. Parallèlement, d'importants progrès ont été réalisés dans ce domaine au cours des dernières années. Par exemple, la stabilité aux UV et la solidité des couleurs ont déjà été grandement améliorées et les fabricants concentrent de plus en plus leurs efforts sur le coût total du cycle de vie plutôt que sur les seules performances initiales. À l'avenir, la tendance continuera d'être aux matériaux qui conservent leur réflectivité pendant longtemps tout en contribuant aux principes de la construction circulaire.
Types de toitures blanches
Il existe aujourd'hui trois principaux types de toitures blanches, chacun ayant son propre domaine d'application et ses propres propriétés techniques.
Membranes bitumineuses
Les membranes bitumineuses réfléchissantes combinent l'étanchéité et la réflexion en un seul système. Elles atteignent des valeurs de réflexion allant jusqu'à un ISR d'environ 63. En jouant sur la composition chimique, les fabricants peuvent améliorer certaines propriétés. Par exemple, certains ajoutent des polymères SBS au bitume élastomère sélectionné pour maintenir plus longtemps le haut degré d'élasticité. Un renfort solide en composite-polyester assure une grande stabilité dimensionnelle et une résistance mécanique supérieure. Ces combinaisons permettent d'obtenir une durée de vie éprouvée pouvant aller jusqu'à 50 ans. Les membranes bitumineuses sont donc un choix logique pour les nouvelles constructions et les projets à long terme.
Membranes en plastique
Les membranes en plastique constituent une deuxième catégorie importante. Ces membranes sont naturellement très claires. L'ajout de titane à la couche supérieure blanche augmente encore les valeurs de réflectance déjà très élevées, jusqu'à un ISR de plus de 100. Elles sont également légères, durables et souvent résistantes aux racines en standard. Avec une durée de vie prouvée de plus de 30 ans, ils sont particulièrement intéressants pour les applications industrielles et les structures de toit légères.
Revêtements réfléchissants
(Photo: Soprema)
Les revêtements réfléchissants constituent une troisième option, en particulier pour les rénovations. Ils sont appliqués sur la toiture existante et créent une couche supérieure réfléchissante. L'application est rapide et relativement facile, et apporte immédiatement une protection supplémentaire contre les UV. Les performances dépendent fortement de la préparation du substrat et de l'entretien. Un renouvellement périodique est nécessaire pour maintenir la réflectivité. La composition varie fortement en fonction du fabricant. Par exemple, il existe des revêtements à base de peinture bitumineuse, à base d'aluminium, qui est livrée prête à l'emploi et durcit en séchant. D'autres, bicomposants, nécessitent un mélange préalable et sont à base de polyméthacrylate de méthyle (PMMA).
Installation
Tout d'abord, il est important de mentionner qu'en tant que couvreur, vous ne constaterez pas de différence substantielle en termes de maniabilité par rapport aux revêtements de toiture traditionnels. Les points d'intérêt typiques restent également en grande partie les mêmes.
De nombreuses similitudes
Comme pour les toits plats ordinaires, la préparation du support reste cruciale. Le toit doit être propre, sec et plat. Les irrégularités favorisent l'accumulation d'eau et la contamination, ce qui affecte négativement les performances. Il faut également veiller à la compatibilité entre les matériaux et à l'absorption correcte des mouvements thermiques. Comme toujours, les pénétrations, les relevés et les raccordements doivent faire l'objet d'une attention particulière pour assurer une bonne étanchéité.
Esthétique
Avec les toitures blanches, l'esthétique est un facteur supplémentaire. Les toits blancs sont souvent visibles et exigent donc une finition soignée. Les erreurs ou les irrégularités se remarqueront plus rapidement que dans le cas d'une toiture foncée. Cela signifie que lors de la pose, vous devez accorder une attention particulière à l'alignement des membranes d'étanchéité, aux chevauchements réguliers et à la finition soignée des joints et des détails. En ce qui concerne les revêtements en particulier, il est essentiel que l'épaisseur de la couche soit uniforme. Une application irrégulière peut entraîner des différences de couleur et des variations de réflectance. Cela n'a pas seulement un effet visuel, mais peut également affecter les performances.
Cohérence de la réflexion
Les toits blancs rafraîchissent en réfléchissant le rayonnement solaire. C'est pourquoi le contrôle de la réflexion est extrêmement important, en particulier au niveau des détails. La réflexion doit être homogène sur toute la surface du toit. En effet, les surfaces réfléchissantes se comportent différemment des matériaux sombres. L'incidence et la réflexion de la lumière peuvent varier considérablement d'un point de vue visuel en fonction de la forme et de la position des détails. Au niveau des relevés, des arêtes et des pénétrations, de petits écarts peuvent entraîner des différences de réflexion visibles. Cela peut donner à la toiture un aspect moins homogène. En travaillant avec soin et en utilisant des matériaux cohérents, vous limitez cet effet indésirable.
Conclusion
Les toits blancs offrent une solution efficace et immédiatement applicable au problème de la chaleur urbaine. Avec jusqu'à 30% de besoins en refroidissement en moins et aucune différence substantielle en termes de maniabilité, ils constituent une intervention à faible seuil ayant un impact important. Combinées à une plus grande verdure urbaine, elles peuvent même sauver des vies pendant les vagues de chaleur. Pour les couvreurs, il s'agit d'une opportunité évidente de contribuer à la construction de bâtiments durables et orientés vers l'avenir.
En collaboration avec Derbigum et Soprema